L'avenir nous le dira...

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#85

 

Il doit se trouver, en ce monde, des personnes dont l'existence peut s'avérer simple et sans heurts, mais en ces temps troublés, il est plus fréquent de la voir subir nombres de bouleversements échappant à notre contrôle. Nous  devenons de simples marionnettes endurant un sort dont nos actes ne peuvent nous prémunir. Ainsi du jour au lendemain notre vie change du tout au tout, sombrant parfois dans l'anarchie et le dénuement. Les plus malchanceux, ou faibles périssent. Pour les autres débutent une âpre lutte pour la survie, nous cherchons par tous les moyens à reprendre les rênes de notre avenir.

Puis le destin semble vous sourire, une opportunité offerte vous fait miroiter un renouveau plein d'espoir devant déboucher vers une amélioration notable de votre condition*. Vous la saisissez avec la ferme intention d'en profiter et d'en tirer le meilleur parti. Un nouvel environnement auquel il vous faut vous adapter, vous familiariser; cela occupe tout votre esprit, occultant les parts sombres de ce contrat dont vous pensiez avoir négocié pour le mieux votre écot. Les mois passent, la routine s'installe, malgré les difficultés à vous intégrer vous pensez remplir, dans la mesure du possible, votre rôle.  Peu à peu les œillères, dont vous aviez paré votre esprit, s'étiolent dévoilant les travers déplaisants et la réalité de votre situation. Vous découvrez être une fois de plus un simple pantin dont on souhaite tirer les ficelles, un pion pour l'instant roi, mais pouvant rapidement devenir encombrant voir inutile. Il est aisé d'appréhender, dans certain milieu, le sort d'une personne dont la présence devient par trop inopportune.

Cependant malgré le danger vous ne voulez pas renoncer aux avantages durement acquis, et dont vous pensez mériter la teneur, alors, vous jouez votre partition finement jusqu'à trouver une voie d'échappatoire honorable. Il peut s'agir d'une simple lettre à laquelle vous répondez sans grand espoir et dont les débouchés vous permettrez de vous éloigner du péril tout en gardant des commodités pécuniaires et sociales **. Vous vous retrouvez encore une fois sur les routes, toutefois sans avoir les désavantages de la pauvreté de vos anciens périples. La menace, plus ténue, reste cependant présente, savoir si vous réussirez à la déjouer, en remportant la mise, est une autre histoire …


#90

Thème Musical.

 Dans un ciel lapis-lazuli se pourchassent paresseusement d’arachnéens cirrus caressés par un zéphyr lointain. Surplombant implacablement la cité, le soleil trône en maître faisant ployer les vivants sous son joug, dardant sur eux son irradiante incandescence. L'air ondoie vaporeusement, au dessus du sol chauffé à blanc, en une brume diaphane déformant les perspectives et donnant l'impression que les pierres ocres, avec lesquelles est bâtie la cité, se disloquent lentement, sinueusement, perdant toute matérialité pour se liquéfier sous les pas des badauds. Malgré ses lunettes, elle sent la dureté lumineuse blesser ses prunelles. Les odeurs de corps exsudés, d'épices exotiques, de nourriture sucrées, de parfums capiteux se mêlent dans une cacophonie olfactive la menant au bord de la nausée. D'un geste sec, exprimant une exaspération grandissante, elle tire sur le lin soyeux  de sa tunique, car il colle à son corps comme une seconde peau humide. De la sueur perle en fines gouttelettes de la racine de ses cheveux sur son front, frôlant ensuite ses joues en de minces larmes rapidement évaporées sous l'intense chaleur du firmament de midi. Du regard, elle tente de retrouver la silhouette du Khajiit sur la place du marché, mais tel un danseur facétieux et chatoyant, en quelques mouvements agiles il s'est fondu dans la foule faussement joyeuse. La migraine louvoyant à ses tempes, semblable à une vipère-lune prête à mordre, la rend plus morose que de coutume.

** Comment arrive-t-il à supporter cela, couvert d'une fourrure aussi épaisse... ** Après quelques seconde de réflexion où elle peste contre l'injustice flagrante, la mémoire lui revient sur ses agapes nocturnes ** Peut-être, aurais-je par trop abusé du vin et du narguilé ? ...Non ! C'est ce satané félin, il a du se prémunir contre la température. Autant rentrer à l'auberge, avec de la chance la chambre m'offrira un peu de répit..**

Quittant sans regret l'abri précaire d'un auvent en bois usé, la Dunmer se faufile parmi les citadins, écoutant d'une oreille distraite les discussions portant aussi bien sur les soucis de récoltes, les dangers croissant de la région, ou la crainte d'une nouvelle épidémie. Son esprit quant à lui est tourné vers l'idée fort prometteuse d'enchanter ses vêtements pour qu'ils réagissent aux changements de climat, après tout, un brillant esprit avait bien créé un magnifique gilet asséchant pour aider les Saxhleels récalcitrant à rentrer dans le droit chemin. Bercée par cette douce promesse d'un avenir tempéré, le trajet jusqu'à son logement passe comme un songe bouillonnant.

La pièce plongée dans la pénombre offre une légère sensation de fraîcheur; apaisante malgré le parfum entêtant des encens. D'un pas titubant elle se dirige vers le sofa pour y choir tel une poupée désarticulée. La tête basculée sur le haut du coussin, sa chevelure se libère de l'entrave des épingles, se répandant sur le tissu moiré en de fines arabesques argentées. Les yeux clos, les bras retombant mollement vers le sol, elle s'abandonne à la quiétude du moment. D'un bref frottement d'un pied contre l'autre, elle se débarrasse des sandales, leur chute sur le parquet émet un petit claquement déplaisant. Les doigts de sa main droite remontent à tâtons le long du socle de la table basse, afin d'atteindre le plateau, ils palpent le bois jusqu'à ce que son index heurte en douceur le bord métallique d'une coupe. Elle l'agrippe pour la porter à ses lèvres.

« N'chow.. » L'exclamation fuse dans le silence, comme le gobelet doré sur le mur lui faisant face, avant de tomber lourdement par terre. Elle lâche un soupire de martyre, sombrant dans un demi assoupissement tandis que se livre dans son inconscient : la lutte entre son inertie et son désir de se désaltérer. Le temps s'étire longuement dans une agréable torpeur. Quand soudain un frémissement dans l'éther trouble sa léthargie, comme si l'on venait de lancer une pierre au sein d'une marre calme dont les ondulations se propageraient de plus en plus et de plus en plus violemment. Cela a l'effet d'une douche glacée, elle redresse, au aguets. 

** Lui...** cette simple évidence l’éveil totalement, mixant appréhension et colère dans son esprit. Elle songe à ne pas répondre, à ne pas entendre mais cela ne fera que retarder l'inévitable. Elle ouvre sa besace pour dénicher la carte, elle la sent froide entre ses doigts: pulsante. Il émane de l'objet une diaphane aura bleuté, elle a la sensation qu'elle prend vie. L'empoignant fermement, elle concentre son pouvoir dessus, puis d'une voix blanche incante la formule nécessaire pour aviver le sort devant permettre le contact. 

 

Lentement un cercle céruléen scintillant et ondulant, comme de l'eau agitée, se forme devant elle, en son centre se dévoile une image trouble, miroitante; on devine en arrière plan une bibliothèque, quelques cadres. En premier plan : un mer ascétique, au regard perçant et autoritaire.

« Hla barudag, finalement tu daignes répondre, je commençais à croire que tu cherchais à m'éviter. » malgré la déformation, dû à la distance, l'intonation claque sèchement, le mépris y est palpable. « Ainsi tu t'exhibes comme un saltimbanque de basse extraction et en compagnie de ce maudit Khajiit, qui plus est ! »

Elle lui sourit, affichant un air matois et confiant. Mais ses pensées tournent à toute vitesse ** il me fait suivre.... j'aurai dû m'en douter. J'ai été imprudente et trop sûre de moi.**

« Tu me déçois, tu te comportes comme un muhrjul capricieux et indolent. »
« Mon cher Oncle, loin de moi l'idée de vous portez préjudice, vous savez toute l'admiration dont je vous honore à chaque minute de mon existence. J'ai agi uniquement pour me fondre dans la masse, afin de n'attirer nulle ombre sur notre si respectable famille. »
« Silence, tes vagues excuses ne justifient en rien ta conduite. J'admets le relatif intérêt de tes rapports sur la situation à la guilde, ces amateurs le resteront à jamais. Mais cela ne suffit pas à justifier ton absence, le temps de ton retour parmi les tiens sonne. Toutefois, je te laisse une dernière chance de prouver ta valeur. »
« Je suis toute ouïe. »
« Il semblerait que ces maudits Altmers songent à ouvrir une nouvelle académie probablement dans le but de porter atteinte à la grandeur de Shad Astula. Je voudrais que tu ailles là bas pour me dire si cette piètre tentative peut poser soucis. Bien que je doute d'une réelle capacité à rivaliser, je préfère vérifier. Tu as une semaine pour te rendre au Havre et prendre contact avec Eldina Llivün. Elle te donnera les informations utiles à ta mission, elle séjournera à la guilde des mages. Ensuite elle te ramènera chez toi, près de moi...»

Sans attendre de réponse, il rompt le contact, assez brusquement pour que le choc soit douloureux et la laisse pantelante.

**Ainsi le vieux ghendis m'envoie sa daelheg, pour m'obliger à rentrer... **

Elle se rassied sur le siège, à présent sans la moindre velléité de repos, mais pour échafauder une échappatoire à la sentence néfaste d'un retour à Vvardenfell en ces conditions. Il est trop tôt, bien trop tôt, elle ne dispose pas d'appuis afin de retourner la situation à son avantage une fois là bas. 

 

Ambiance.

Fredas 13 Semailles,
Quelques part au nord-est de Sadrith-Mora.


Les premiers rayons du soleil caressent les formes arrondies de la haute et longiforme bâtisse, Les toitures végétales s'embrasent de mille éclats miroitant, la lueur dorée ravive, par endroit, l'éclat brun naturel des parois fongiques créant un contraste des plus féeriques. Eldina Llivün s'attarde à quelques miles de là, savourant l'air piquant et iodée porté par les embruns matinaux; le cri des mouettes mêlés au ressac de la marée chantent à ses oreilles la comptine du retour à la maison.





Il y a peu encore l'inquiétude enserrait son âme, et la nuit dernière, celle de la traversée pour rentrer jusqu'ici fut l'une des pires. Ses doutes avoisinèrent la paranoïa, affaiblissant sa détermination. Pourtant en cette nouvelle aube, le désir revient impérieux, il n'est plus que temps de reprendre ce qu'on lui a volé, de faire payer aux Reylïn la mise à mal de sa propre famille et le vol de tous leurs acquis. Il est trop tard pour se venger d'Amril, d'autres s'en sont chargés, bien que la main ayant portée le coup fatal ne fut celle de Vorar, il en avait été l'instigateur.
Elle bouillonne de rage, le simple fait de songer à ce prénom et une bouffée de haine manque de lui couper le souffle. Ses mains se crispent vivement sur les rênes jusqu'à faire blanchir ses jointures, le grincement de ses dents attire vers elle, un coup d’œil perplexe de son escortant. Elle lui sourit avec difficulté, mais elle y arrive, elle ne doit à aucun coût dévoiler ses réelles intentions : être calme, le regard empli de conviction, la tête haute. D'une pression des cuisses sur les flancs du Guar et la marche reprend, pour ne plus s'arrêter, ne plus laisser ses émotions prendre le dessus... 

Près de cent années qu'elle attend, qu'elle a su faire oublier ses origines afin de devenir la créature de confiance, celle a envoyer pour les missions délicates. Allant jusqu'à partager la couche du Maître avec le but d'entrer dans ses bonnes grâces. Néanmoins nombres de choses lui restent encore cachées, ce maudit moljuhn garde tant de secrets par-devers lui. Cependant, l'un de ses projets semble sur le point de se retourner contre lui.... 

A moins qu'il est prévu aussi cela ? L'idée la fait frissonner, un froid implacable lui enserre le cœur malgré la douceur printanière. Depuis combien de temps prépare t-il le retour de sa nièce, peut-être est-elle dans la confidence, l'aide t-elle à traquer les traîtres dans les rangs de la maisonnée. Elle n'est peut-être qu'une marionnette dont il tire les ficelles... un simple pantin. 

Elle secoue la tête pour chasser ses tortueuses pensées, il est trop tard pour s'en soucier, car si la Mer restée au Havre se trouve réellement espionner pour le vieux, les jeux sont faits, un message pour le prévenir de la trahison l'aurait si rapidement devancée. Alors autant ne plus y songer et croire en la chance.

- Nous sommes presque arrivée, Serja Llivün, je m'occuperais de votre monture, ainsi vous pourrez directement monter faire votre rapport au gahjuli." 

D'un simple hochement de la tête, elle acquiesce. D'une main ferme, elle mène son coursier au delà du pont reliant la terre ferme à l'île, la tension pesant sur son corps, rendant moite ses paumes. Le regard aux aguets, elle cherche le moindre indice prouvant sa disgrâce. Elle met pied à terre dans la cours principale et le soulagement l'étreint : tout se déroule comme prévu, nul ne vient la mettre aux fers. Les serviteurs et les gardes sont humbles, presque serviles, marquant ainsi la déférence de mise pour une proche du propriétaire des lieux. 

Elle lève la tête, pour contempler le haut de la Tour. L'éclat, à présent, vif du soleil blesse ses rétines comme un avertissement sur la dangerosité de la joute à venir. Si tout se passe bien, elle aura convaincu Vorar de la nécessité de laisser sa nièce à l'Académie et gagner ainsi le temps pour la suite du projet.... s'il refuse... 

Elle hausse les épaules, tant que sa position n'est pas compromise, elle trouvera bien un autre pion pour remplacer celui perdu.
Missive reçue le loredas 16 Plantaison,
île de Vvardenfell à Tel Tidihn,
diligemment distribuée par une main dans sa boite à musique.


Mon cher Oncle,

Voici le rapport concernant le Cénacle. J'ai œuvré au mieux dans le but de vous prouver ma valeur et démanteler cette académie fort douteuse avant qu'elle ne croisse et devienne importante. 

D'un point de vue de l'administratif et de l'enseignement :
Comme vous le savez l'école de mysticisme, est l'une des plus dangereuses pour la stabilité psychologique des étudiants. Ainsi mes cours ont affecté la psyché d'un apprenti, son esprit sans défense a pu devenir la proie d'une entité sombre, rendant ce jeune homme instable. Étant un péril pour ceux qu'il côtoie, il a été mis en quarantaine.
Ensuite lors des réunions administratives quelques mots bien placés ont attisé les dissensions entre différent membre du corps professoral, cela ajouté au peu d'amabilité dont je sais faire preuve, n'a aucunement favorisé la cohésion du groupe, surtout que nous étions fort peu nombreux. 

Au niveau du social :
Pour les autres étudiants cela fut presque trop facile, le fait d'être isolés sur une île jouait déjà sur leur mental, il a suffit ensuite de veiller à ce qu'ils n'aient aucune occupations intéressantes entre les cours, un règlement rébarbatif, un manque total de présence du personnel, pour en faire fuir la plupart. 


Ensuite l'attaque de plusieurs navires Nordique a terminé de saper les fondations déjà fort mal en point. Bien que l'ennemi fut repoussé, nombre de blessés et de morts furent compté dans les rangs des défenseurs.

Face à cette situation critique, voir potentiellement dangereuse, pour les derniers élèves et le personnels, l'Altmer et le Nordique, instigateurs du projet, décidèrent d'y mettre un terme. D'ailleurs êtes-vous à l'origine de cette escarmouche navale ? 

J'ai donc le plaisir de vous annoncer la réussite totale et sans faille de la tâche par vous donné, mais hélas mon retour ne pourra se faire dans l'immédiat. La guilde des mages m'ayant de nouveau contactée au sujet de cette affaire de tablette, je ne saurais revenir auprès de vous, dans notre chère île, sans avoir terminé cette mission. Dans l'état actuelle des choses, il serait fort préjudiciable pour la réputation de notre famille que de ne point respecter l'engagement fait lorsque vous m'avez envoyé à eux pour répondre à leur demande d'aide.

Vôtre nièce totalement dévouée à votre cause,
Xïobê Reylin



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